Flash back

Des chiffres et des lettres

Profitons de cette fin d’année pour légèrement regarder en arrière et se lancer dans l’exercice périlleux de l’analyse !

Et pour cela rien de tel que … des chiffres ! L’idée n’a pas été de chercher des données précises sur le monde du jeu en 2017, mais plutôt d’examiner quelques tendances issues de la base de données de boardgamegeek pour réfléchir sur la place du jeu solo aujourd’hui. C’est cette recherche que nous partageons avec vous aujourd’hui à travers 4 nombres : 3500, 21, 12 et 45.

3500

2017-2

Il s’agit approximativement du nombre de nouveaux jeux sortis en 2017 dans le monde. Il est intéressant de constater que, contrairement à la croyance populaire, ce nombre n’est plus en augmentation significative depuis 2015. Le marché est t’il en train de s’équilibrer autour d’une valeur de saturation ? Il faudrait certainement regarder tout ça d’un peu plus prêt pour constater sans surprise que derrière cette stabilité apparente se cache de très grandes fluctuations : le creuset a peut être atteint son volume maximal, mais le marché continue d’évoluer à grands pas.

Cela dit, ce n’est pas le propos de cet article, voyons maintenant où se situe le jeu solo dans tout ça ?

21

2017-4

C’est le pourcentage de jeux annoncés comme jouables en solo parmi les nouveautés 2017. En relatif, c’est seulement deux fois plus qu’en 2000, mais en quantité cela signifie que là où les joueurs se voyaient  proposer 125 nouveautés en 2000 (principalement casse-tête et wargames), ce ne sont pas moins de 700 nouveaux titres cette année qui sont apparus sur nos étagères !

Point encore plus intéressant, tandis que depuis 3 ans la quantité de nouveaux jeux stagnent, le nombre de sorties solo continue sa croissance, pas impressionnante certes, mais constante.

A noter 2 points d’inflexion significatifs dans cette courbe :

  • 2005 qui correspond à la sortie d’Horreur à Arkham, l’un des tous premiers jeux qui a sorti le jeu solo des douves humides et sombres de la geekosphère !
  • 2016 avec des modes solo pour les énormes succès qu’ont été Scythe et Terraforming Mars.

Mais ce n’est pas tout. Continuons !

12

2017-1

Voici surement la statistique la plus intéressante que nous avons extraite des archives : le nombre de jeux solos dans le top 20 de boardgamegeek selon l’année de parution du titre. Depuis l’entrée au top 20 d’un jeu solo en 2005 (Horreur à Arkham), l’évolution est sans appel, avec une année 2017 tout à fait exceptionnelle :

60% des titres classés au top 20 en 2017 sont des jeux jouables en solo

Alors que, rappelons le, seulement 21% des jeux parus sont jouables en solo.

C’est encore un peu tôt pour en déduire une tendance, et il faut bien garder en tête que le classement est établi par des utilisateurs de boardgamegeek, donc des joueurs plutôt expérimentés et pas représentatifs de la grande masse ludique.

Cependant, ces chiffres viennent corroborer une intuition que nous avons déjà exprimée ici : le jeu solo devient de plus en plus ‘tendance’ auprès des joueurs expérimentés, et ajouter un mode solo est devenu un critère de succès quasi incontournable pour des jeux destinés à ce type de public. Les auteurs et les éditeurs l’ont bien compris, et il est probable que désormais la majorité des jeux un peu ‘core’ proposeront nativement un mode solo.

Cela nous amène au dernier nombre.

45

2017-3

C’est le pourcentage de nouveautés qui sont des extensions pour jeux solos ! Cette statistique vient consolider l’analyse précédente : le jeu solo a la cotte auprès des joueurs ‘core’.

En effet, il est acté que les extensions se vendent toujours moins bien que les jeux de base, et qu’elles sont plutôt réservées à un public de passionnés. En 2017, les éditeurs ont proposé deux fois plus souvent des extensions pour des jeux solos que pour les autres !

Nous autres joueurs solo serions nous devenus fréquentables ?

Ne nous emballons pas. Derrière cette offre qui se veut pléthorique se cache une réalité un peu moins réjouissante.

En se penchant un peu en détails sur les nouveautés, il est évident que le label « jouable en solo » est majoritairement un critère de vente accolé sur les boîtes pour faire plaisir à une tranche de joueurs qui cherchent à optimiser leur achat.  Les ‘modes solo’ sont trop souvent des modes entraînement à peine déguisés dans lesquels il faut maximiser le nombre de points de victoire, ou bien des ‘puzzles’ sans saveur, froids et indigestes. Les auteurs les plus consciencieux cherchent à créer des automates pour ‘faire comme si’ le joueur avait un ennemi humain qui ne lui veut pas du bien, ce qui conduit malheureusement souvent à affronter un algorithme procédural, prévisible et contraint à tricher sur les règles pour faire illusion. Quant aux moins inspirés, ils font appel à l’outil numérique car c’est « tellement plus simple » !

Heureusement, quelques mécaniques brillantes viennent parfois éclairer une offre peu inspirée, certains auteurs redoublent d’imagination pour nous plonger dans des expériences ludiques inédites, et des designers / graphistes / ergonomes concernés tâchent de réfléchir à la problématique très spécifique du joueur solitaire.

Il faut reconnaître que créer un bon jeu solo est une tâche ardue, un travail d’auteur et d’édition différent qui sort des conventions bien rodées que commencent à maîtriser le métier. Maintenant qu’un marché, même s’il reste de niche, commence à se profiler, il serait souhaitable que la profession prenne au sérieux les joueurs solo en prenant en compte les spécificités de leurs attentes.

Je pense qu’une des toutes premières choses pourrait être la création d’un prix spécifique dans les grands salons mondiaux, et il suffit d’examiner les tendances pour se rendre compte que l’attente est réelle !

A nous joueurs solo de parler de nos expériences, de partager nos bonheurs ludiques et nos déceptions, et à faire grandir la profession par des retours constructifs et enthousiastes.

Et si la tendance se confirme, 2018 sera une grande année pour le jeu solo !!

 

 

 

1 Trackbacks & Pingbacks

  1. 2018 is coming (1/2) – Plateau Solo

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*